Les chiffres parlent
Aujourd’hui, selon l’Agence Bio, Bordeaux comptait, en 2023, près de 15% de sa surface viticole en bio – soit environ 14 500 ha sur un total de près de 110 000 ha (source : CIVB, 2023 ; Agence Bio). Mais il faut nuancer : le vin nature, qui va encore plus loin que le bio par l’absence volontaire d’intrants œnologiques (sulfites, levures industrielles, enzymes, etc.), reste marginal en volume, avec une trentaine de domaines strictement identifiés sur la région. Cependant, la progression est exponentielle : il y avait moins de dix domaines nature en Bordeaux il y a quinze ans.
Ce n’est donc pas la masse qui fait la force écologique des réseaux de vignerons nature, mais bien leur capacité de “contamination” : en inspirant, par proximité, des viticulteurs voisins à tester une parcelle sans chimie, à réduire le soufre, à relancer la vie dans le sol. Certains, comme Vinibio ou Nature & Progrès, font office de “locomotives”, proposant des journées d’accompagnement technique pour convertir les parcelles, tandis que d’autres – à l’image de Château Lapuyade ou Domaine Emile Grelier – organisent sur place des formations pratiques (greffage en sec, couverts végétaux, etc.).
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Moins de 2% des vins de Bordeaux sont revendiqués “nature” (voire moins, faute de statistiques consolidées), mais leur influence sur les pratiques est attestée : on observe une nette augmentation du non-labour, du pâturage ovin dans les vignes, voire la plantation de vergers associés aux rangs de vignes... – toutes initiatives nées par capillarité des réseaux nature.
Un laboratoire de pratiques écologiques
Plusieurs tendances marquent l’apport concret de ces réseaux :
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Diminution des intrants phytosanitaires : Le collectif Bordeaux Pirates expérimente sur 5 châteaux la baisse des doses de cuivre et de soufre contre le mildiou, en testant tisanes de plantes et bio-contrôles. L’association compte publier d’ici 2024 ses résultats, espérant influer sur les pratiques de voisins encore sceptiques (source : interview de Thomas Lurton, Bordeaux Pirates).
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Instillation du compost et paillage systématique : Plusieurs domaines accompagnés par ces réseaux affichent un taux de matière organique multiplié par deux en moins de cinq ans, améliorant radicalement la résistance au stress hydrique (exemple : La Ferme des 7 Lunes, cf. La Vigne).
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Générosité végétale retrouvée : Plantation de cépages résistants, semis de légumineuses pour fixer l’azote, installation de ruches... autant de petits actes qui, tous réalisés collectivement, remodèlent le paysage bordelais.